10 novembre 2009
348] 11 acteurs dans un mauvais polar ... !
Elections genevoises
11 acteurs, mais la pièce est mauvaise
Image © Christian Bonzon
Les Genevois élisent dimanche leurs sept conseillers d’Etat. Cinq des sortants se représentent. Avec trois candidates en lice, les femmes devraient faire leur retour au gouvernement.
- Pourquoi l'élection du Conseil d'Etat ce dimanche ressemble-t-elle à un mauvais polar?
Réponse en cinq points.
Mathieu Cupelin - le 09 novembre 2009, 22h04
Le Matin
Genève, son jet d'eau, ses bouchons, ses blocages, sa pénurie de logements et ses quartiers accueillants pour les dealers et les voleurs de rue. Ce tableau va-t-il vraiment changer sous l'impulsion du nouveau gouvernement qui sortira des urnes dimanche prochain? Il ne faut pas s'attendre à une révolution. Cinq des sept conseillers d'Etat sortants se représentent. Et ils se sont si bien serré les coudes qu'ils devraient être réélus dans un fauteuil. Six autres prétendants sérieux sont en lice pour les deux sièges restants: l'écologiste Michèle Künzler, la socialiste Véronique Pürro, la libérale Isabel Rochat, l'UDC Yves Nidegger et le duo du Mouvement citoyens genevois (MCG), Mauro Poggia et Eric Stauffer. «Le Matin» décortique les mécanismes d'une mauvaise comédie.
Parce que les acteurs récitent leur texte
Seule la présence d'Eric Stauffer dans la course au Conseil d'Etat évite l'assoupissement complet des partis traditionnels. Ces derniers, surpris par le raz de marée MCG à l'élection du Grand Conseil le mois dernier, ont dû se résoudre à évoquer les thèmes chers au tribun populiste: sécurité et frontaliers.
Et, sur ces points, bon nombre d'observateurs ont été déçus par les débats entre les candidats. Notamment sur le thème de la sécurité, où la force de proposition de certains s'est limitée à proférer la nécessité d'appliquer les lois en vigueur.
Le manque d'ambition des uns et des autres a aussi été relevé. Les candidats de l'Entente (PDC, radicaux et libéraux) osent à peine revendiquer la majorité perdue il y a quatre ans. Et ils ne se bousculent pas pour briguer le Département de police et justice. «Que l'Entente ne revendique pas plus clairement ce département-clé est aberrant», se désole un élu radical. De son côté, l'Alternative (PS et Verts) se fait discrète, tremblant de commettre des bourdes et de perdre son quatrième siège.
Parce qu'il n'y a pas de véritable suspense
Le leader du MCG y croit dur comme fer: il sera élu, en drainant les voix de son parti et en ratissant largement à droite, mais aussi à gauche grâce à son colistier Mauro Poggia. En réalité, à cause du système électoral genevois à un tour, aujourd'hui remis en cause par certains, un candidat qui ne figure pas sur le ticket de l'Entente ou de l'Alternative n'a mathématiquement aucune chance de passer, explique un fonctionnaire.
Echaudés par le score du MCG au Grand Conseil, rares sont pourtant les représentants de la classe politique à oser énoncer clairement cette vérité. On joue plutôt à se faire peur et on appelle à la mobilisation contre Eric Stauffer. L'enjeu réel de l'élection est nettement moins captivant: «Il s'agit simplement de savoir laquelle des trois candidates présentées par l'Alternative et l'Entente ne passera pas», résume le journaliste Pascal Décaillet.
Parce que la pièce n'a pas le casting espéré
Timorés, les partis ont osé présenter deux candidats au maximum. Du coup, les électeurs n'ont guère de choix. Et il faut le dire: les candidatures féminines ne font pas vraiment rêver. La députée Michèle Künzler et la députée sortante Véronique Pürro doivent leur présence sur le ticket de l'Alternative à la parité hommes-femmes voulue par leurs partis. «Chez les Verts, le candidat naturel aurait été le conseiller national Antonio Hodgers», relève un politicien. Chez les socialistes, le magistrat de la Ville de Genève Manuel Tornare, très populaire, semblait mieux taillé pour le costume de conseiller d'Etat. Quant aux libéraux, ils se sont peut-être compliqué la tâche en choisissant de présenter la magistrate de Thônex Isabel Rochat, peu connue au niveau cantonal, plutôt que le député et ancien président du parti Olivier Jornot, plus profilé et plus médiatique. Pis: selon un avis assez largement partagé, les trois candidates n'ont pas vraiment brillé durant les débats. «Véronique Pürro a planté sa campagne en disant qu'elle voulait inscrire son action dans la continuité de Laurent Moutinot», rigole encore le même observateur. Isabel Rochat? «Difficile de penser quelque chose d'elle, note un élu radical. Elle a aligné les poncifs durant la campagne.» Michèle Künzler? «Elle a fait une campagne correcte, sans faute ni prise de risques, en se plaçant dans l'ombre de David Hiler.» Bref, pas de quoi faire délirer les foules.
Parce que le scénario tourne par moments à la farce
A la manière de Polichinelle, Eric Stauffer tape sur les tenants du pouvoir. Quitte à sortir de sa boîte quelques contrevérités pour asséner ses coups de matraque. Il a récemment réussi à défrayer la chronique en brandissant des chiffres fantoches pour dénoncer l'Etat qui recruterait des frontaliers à tour de bras. «Ses chiffres sont pour le moins approximatifs, mais Stauffer n'a pas commis d'erreur politique en les assénant, ça ne lui enlèvera aucune voix», estime Pascal Décaillet. A voir les réactions sur les blogs politiques et les sites des journaux, une bonne partie de l'électorat ne lui en tient en effet pas rigueur, convaincue que le MCG reste le seul parti à se préoccuper des «vrais problèmes» des Genevois.
Parce que le même vaudeville restera à l'affiche après l'élection
Au lieu de se livrer bataille comme on s'y attendrait, les cinq conseillers d'Etat sortants, pourtant tous issus de partis différents, se font des politesses et des courbettes. «Pour cette élection, la vraie coalition est celle des anciens, des bien assis. Ces messieurs sont si bien ensemble qu'ils se tiennent la barbichette plutôt que de se tirer dans les pattes. Je doute même qu'ils se réjouissent de l'arrivée de leurs colistières respectives», observe Pascal Décaillet. Avec des nouvelles arrivantes qui se contenteront de faire leurs classes tranquillement, à l'ombre de ces beaux messieurs en fleur, on voit mal par qui arriveraient les réformes demandées par les Genevois.
source : www.lematin.ch du 09.11.2009 par Mathieu Cupelin
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