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                                Pour une justice qui va «à l’essentiel»

MERCREDI 14 MARS 2012

Pauline Cancela Philippe Bach

                       

La criminalité financière est l’un des domaines dans lesquels Olivier Jornot compte s’investir. «Si Madoff a pris cent cinquante ans après quelques mois de procédure aux Etats-Unis, on voit bien qu’il n’est pas obligatoire que les affaires financières s’enlisent pendant dix ans. S’il y a donc une leçon à tirer, c’est celle d’aller à l’essentiel.»

 

PROCUREUR GÉNÉRAL • Olivier Jornot succédera à Daniel Zappelli le 2 avril. L’ancien député sera ferme sur la petite criminalité mais n’entend pas délaisser pour autant la délinquance financière.

Dans vingt jours, le Palais de justice accueille son nouveau Procureur général, Olivier Jornot. Elu par le Grand Conseil genevois en décembre dernier pour remplacer Daniel Zappelli, démissionnaire à mi-mandat, l’ancien député libéral débarque dans un Palais de justice en crise. Adoubé par une majorité PLR-UDC-MCG qui a vu en lui le candidat gestionnaire capable de rétablir la confiance entre les trois pouvoirs, il a deux ans pour convaincre la population avant l’élection populaire d’avril 2014. Oliver Jornot, connu pour ses positions dures en matière de sécurité, n’entend pas pour autant délaisser la criminalité financière. Entretien.

En tant que chef du parquet, vous avez le pouvoir d’imprimer les priorités de l’accusateur public, quelles seront-elles?
Olivier Jornot: Le domaine de la politique criminelle est important, mais attention à ne pas le surévaluer. Ma marge de manœuvre est relativement limitée par le fait qu’une bonne partie des choix de politique pénale découlent de l’activité concrète de la police. D’autre part, la politique pénale est assez largement dictée par les dénonciations et plaintes des justiciables eux-mêmes.
La politique criminelle ne se réduit pas non plus à opposer la délinquance financière au reste. Que veut-on faire dans le domaine de la traite des êtres humains, par exemple, ou au sujet des violences domestiques, ou encore des violences faites aux enfants? Contentons-nous d’en gérer les manifestations visibles ou voulons-nous creuser un peu avec les acteurs concernés? J’estime qu’il ne faut pas se contenter d’attendre les rapports de police.

 

Vous êtes connu pour votre combat contre la mendicité et la petite criminalité. Avez-vous l’impression qu’on attend l’ancien député au tournant sur ces questions, plus que sur la délinquance en cols blancs?
Il y a peut-être quelque chose de ce goût-là parmi les attentes. Par rapport à la vision du rôle de la justice pénale et la façon dont elle doit se positionner sur les infractions qui agacent les gens, la tentation sera grande de comparer mon discours précédent avec mes futures actions. C’est juste et logique. Mais il faudra faire la part des choses entre le rôle du politicien et celui du magistrat judiciaire.
De manière générale, je compte m’investir dans deux domaines où la réponse donnée me semble insuffisante: la criminalité financière et les violences contre les personnes.

Pensez-vous que la justice genevoise a été laxiste, notamment envers les récidivistes?
Dans mon champ d’action, il m’importe de faire en sorte que des sanctions soient requises à la mesure de la gravité des comportements observés. On a un peu trop pris l’habitude de banaliser les violences. Or que l’on puisse se faire agresser en pleine rue, à Genève, en 2012, c’est inacceptable.

Le Ministère public doit réclamer des sanctions qui ne soient point de la rigolade, tout en faisant la différence entre un arrachage de sac et des faits plus graves. Sous l’angle de ma politique pénale, effectivement, j’entends me montrer ferme.

 

Mettrez-vous la même énergie à lutter contre les crimes économiques?
Oui. Je vais mettre un accent important sur la criminalité financière, d’autant plus que le parquet comporte une section spécialement dédiée aux affaires complexes, composée de huit magistrats.

Avez-vous l’intention de mener une politique davantage proactive dans ce domaine?
Certainement. Il va falloir définir des objectifs ambitieux pour la section financière, objectifs que l’on peine à voir aujourd’hui – encore plus depuis l’entrée en vigueur du nouveau code de procédure: il y a eu relativement peu de renvois en jugement dans ce domaine.
Le cadre international a beau être de plus en plus sévère, il ne suffit pas d’attendre les dossiers assis sur une chaise. Aujourd’hui, nous disposons d’un canal naturel via les communications en provenance du MROS (Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent, ndlr), puisque les intermédiaires financiers ont l’obligation de transmettre les cas de soupçons. C’est loin de suffire, cela dit. Là-dedans, vous avez le type qui a changé 300 $ au guichet de la gare. Il faut avoir l’envie d’aller au-delà.

Cette envie, Genève l’a eue par le passé. Ce n’est plus le cas?
La justice doit pouvoir donner suite aux enquêtes de la police et aux plaintes des justiciables, mais elle ne peut pas pour autant consacrer la même énergie et les mêmes moyens à tous les dossiers. Ce qui pose la question de son organisation (lire ci-dessous).
Aujourd’hui, le risque est d’être débordé par les petits cas. Vous pouvez statistiquement dire que le Ministère public arrive à absorber la totalité des procédures qui lui sont soumises. Or quand vous grattez, vous constatez que cela se fait au prix d’un approfondissement insuffisant dans des dossiers qui le mériteraient.

>> Suite de l'article sur : www.lecourrier.ch du 14.03.2012

Source : www.lecourrier.ch du 14.03.2012