10 novembre 2009
348] Genève a besoin de 220 policiers supplémentaires
Monica Bonfanti: «J'ai besoin de 220 policiers supplémentaires»
L'ÉVÉNEMENT | La
cheffe de la police Monica Bonfanti défend son bilan. Elle annonce un
poste de police renforcé aux Pâquis, avec un commissaire à sa tête.

© LAURENT GUIRAUD | Monica Bonfanti, cheffe de la police genevoise.
Liens en relation avec l'article :
- Monica Bonfanti réagit aux récents accidents mortels sur les routes genevoises
- Monica Bonfanti s'exprime sur la sécurité aux Pâquis
ARTHUR GROSJEAN ET FEDELE MENDICINO | 10.11.2009 | 00:00
En mai, vous aviez promis de régler le problème de l’insécurité aux Pâquis d’ici à l’été. C’est raté, non?
Il
y a un malentendu. Je voulais dire que d’ici à l’été nous aurions
convaincu la population que la police était là et que les Pâquis
n’étaient pas une zone de non-droit.
Même en cela c’est un échec, puisque le conseiller administratif Pierre Maudet a récemment dit que le quartier est une zone de non-droit…
Nous avons procédé à diverses opérations, dont sept opérations coups-de-poing cette année. Nous avons intensifié la présence policière, en particulier durant les Fêtes de Genève. On a régulièrement contrôlé des véhicules dans le quartier et interpellé les petits criminels pris en flagrant délit. Il faut maintenir une pression constante dans la limite de nos moyens.
La pression n’est pas constante puisqu’il y a toujours des dealers et des voleurs aux Pâquis.
On
continue à avoir des problèmes aux Pâquis, je ne vais pas le cacher.
Vous savez, on arrête les personnes, on les défère devant la justice,
elles ressortent trop tôt et on peine à les renvoyer dans leur pays
faute d’accord de réadmission que doit négocier Berne. Il n’y a donc
pas de solutions
simplistes.
Que pensez-vous du fait que les habitants recourent à des agents de sécurité privée?
D’un côté, je regrette qu’on donne l’impression aux gens que le privé prend le pas sur la sécurité publique. Mais d’un autre côté, ce type de partenariat existe ailleurs. Par exemple au stade, lorsque les policiers travaillent avec des agents privés engagés par le club. Idem à l’aéroport où se côtoient des policiers de la sécurité internationale et des agents privés.
Vous allez créer un poste dit intégré aux Pâquis. De quoi s’agit-il?
D’ici
à la mi-2010, des inspecteurs de la police judiciaire vont venir
travailler au poste des Pâquis. Toute cette équipe sera dirigée par un
commissaire.
Combien de policiers supplémentaires y aura-t-il?
Trop tôt pour le dire.
On aura donc trois inspecteurs de plus dans ce poste de quartier?
Non, je n’entends pas prendre une mesure homéopathique. Le but est de mettre l’accent sur la sécurité aux Pâquis. Par la présence d’inspecteurs qui connaîtront très bien le quartier, on pourra entre autres mieux remonter et démanteler les filières de la drogue. Et traquer le vol.
La grogne se fait déjà sentir chez les inspecteurs qui tiennent à travailler sur un même site, à l’Hôtel de police au boulevard Carl-Vogt…
Si on veut contenter tout le monde, on ne fait rien. Ce projet doit s’inscrire dans la durée et il n’a rien de cosmétique. Au-delà des tensions, nous devons nous adapter à l’évolution de la criminalité. Dans ce poste intégré, nous améliorerons aussi l’accueil des touristes qui viennent déposer une plainte au guichet. Il y a une vraie attente dans ce sens et le service est imparfait, notamment pour des questions de maîtrise des langues étrangères.
Quand un candidat au Conseil d’Etat promet de nettoyer Genève des dealers et des mendiants en 45 jours, vous réjouissez-vous ou rigolez-vous?
C’est difficilement réalisable dans le
délai imparti. Eric Stauffer veut-il affecter tout le personnel de
police, soit 1700 collaborateurs, pour traquer la
criminalité? Au-delà du chiffre, le candidat veut dire qu’il est possible d’agir. Qui vivra verra.
Laurent Moutinot, ministre en charge de la police, annonçait que les agents allaient s’en prendre aux consommateurs de drogue. Y a-t-il eu vraiment des opérations dans ce sens?
Non, mais
dans le cadre de nos descentes de police, des acheteurs ont fatalement
été arrêtés. Un des objectifs de ces descentes de police était la
déstabilisation du milieu des acheteurs.
Quel bilan de votre action tirez-vous après trois ans à la tête de la police?
Quand je suis arrivée, il y avait beaucoup de problèmes internes à résoudre. Il y a eu, par le passé, une succession de chefs et de conseillers d’Etat. Tout cela créait une instabilité à l’interne. Il a fallu trouver un fil conducteur dans l’institution. De plus, suite au G8, la police a été très critiquée et les cicatrices au sein du personnel étaient nombreuses. Aujourd’hui ça va mieux. Trois mois après ma venue, nous avons aussi restructuré un service de renseignement. Un outil essentiel dans le contexte international. Nous avons aussi instauré un vrai contrôle de nos finances, ce qui nous a permis d’économiser des millions. Il y a eu des événements que nous avons bien gérés, comme l’Euro 2008.
A en croire les chiffres de la criminalité, les vols et les agressions ont explosé, le bilan n’est pas bon.
(Dix secondes de silence). Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites. Les vols dans les véhicules ont baissé, comme les agressions sexuelles. Et le sentiment de sécurité a augmenté de 2004 à 2007, tout comme l’image de la police auprès de la population. Beaucoup de choses ont été faites. Cette année nous avons créé une task force cambriolage qui a conduit à l’arrestation de bandes de voleurs géorgiens; cela a permis de baisser le nombre de cambriolages de 40%. On réalise qu’il s’agit là d’une organisation mafieuse; c’est le plus grand gang que nous ayons eu à Genève depuis des années. Enfin, côté violences conjugales, on a considérablement amélioré notre système de détection du problème. De 350 cas dénoncés en 2007, nous sommes passés à 700 en 2008.
Combien de policiers supplémentaires vous faudrait-il pour assurer la sécurité à Genève?
Si je me réfère à la loi, j’ai besoin de 220 policiers en plus. Selon le minimum légal, nous avons 790 gendarmes à ce jour. Nous devrions en avoir, selon la loi, 960. La police judiciaire a 300 inspecteurs, il en faudrait 350. Le problème, c’est qu’on a tendance à croire que le policier doit tout faire: du social, de l’administratif, du répressif. Prenez l’introduction du système de sanctions pénales des jours-amende: cela occasionne, en raison des nouvelles données à collecter, entre vingt et trente minutes de travail en plus à chaque policier par arrestation. La construction d’une nouvelle prison crée un besoin accru de personnel de convoyage. Il faudrait que le policier puisse davantage se concentrer sur le travail de base qui est le sien.
Alors, en fait, ne savez-vous pas dire non?
Je vous réponds par un exemple. Si l’armée se retire des missions diplomatiques, on sait que la loi dit que c’est la police qui est garante de la sécurité dans ces institutions. Alors on ne peut pas refuser. Un certain nombre de tâches vont être peu à peu prises en charge par des assistants de sécurité, des personnes qui seront des auxiliaires de police avec un brevet fédéral.
Interview de Monica Bonfanti.
sera affiché ultérieurement
«Montrons aux jeunes des crash tests»
Cinq morts en moins d’une semaine sur les routes genevoises. Que peut faire la police pour arrêter le massacre?
Nous agissons tout au long de l’année, notamment par des contrôles le week-end. Mais aussi en particulier en novembre et décembre qui sont des mois durant lesquels ont lieu beaucoup de fêtes de fin d’année et de repas d’entreprise. Sinon, nous travaillons en permanence sur trois axes, prévention, dissuasion, répression, en nous focalisant sur des actions concrètes comme la lutte contre le mobile au volant, les cyclistes indisciplinés, les stationnements interdits et les excès de vitesse aux abords des écoles. D’ailleurs, selon les derniers chiffres, les dépassements sont encore fréquents à côté des préaux, c’est inacceptable.
N’allez-vous donc pas intensifier les opérations le week-end prochain?
On pourrait intensifier ce qui est déjà en place. Mais pour avoir des résultats valables sur la durée, la police ne doit pas toujours être dans la réaction. L’an dernier, lors de notre conférence de presse annuelle, nous avions peu parlé du phénomène des victimes de la route, car nous avions eu un nombre de morts très bas par rapport à 2007, mais nous avons poursuivi notre action. A ce jour, nous avons plus de victimes que l’an dernier et légèrement moins qu’en 2007, mais l’année n’est pas terminée. Ce que je peux dire, c’est que nous sommes très sensibles au trio: vitesse, jeunes, alcool. Par ailleurs, à Genève, la population diurne, et donc le trafic le week-end, est plus importante qu’ailleurs.
Faut-il retirer plus longtemps le permis aux jeunes conducteurs ou leur limiter l’accès à des voitures puissantes?
Je
suis favorable à la première mesure. Pour ce qui est de la puissance
des véhicules, je rappelle qu’on peut faire beaucoup de dégâts en
roulant à 50 km/h. Je préconise donc plutôt une meilleure prévention;
par exemple, durant l’apprentissage de la conduite, il faut que le
candidat soit confronté à un crash test pour le sensibiliser à la
problématique de la vitesse et des accidents.
(arg/fm)
source : www.tdg.ch du 10.11.2009 par Arthur Grosjean et Fedele Mendicino
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