Roms et mendicité : L'acharnement policier ?


Un an après l´adoption d´un plan mendicité et d´une loi punissant l´acte de tendre la main à Genève, les défenseurs des Roms dénoncent un acharnement policier. Les mendiants ont subi plus de 2200 contrôles, dont la moitié se sont terminés par une amende.

            
         
  - le 06 novembre 2008, 11h56
            Le Matin Online & les agences

 
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                                 Image © Keystone

 

Les Roms n´ont pas délaissé Genève. A l´approche de l´hiver, ils sont encore entre 20 et 60, selon les estimations. Cela malgré la panoplie de mesures policières, sanitaires et sociales prises mi-novembre 2007 par les autorités pour compliquer la vie des mendiants, et malgré la loi rendant la mendicité amendable votée le même mois.

 

La police avait alors affirmé qu´elle aurait d´autres priorités que de faire la chasse aux mendiants. Depuis, en une année, les agents sont néanmoins intervenus plus de 2200 fois pour verbaliser des Roms ou leur demander de se déplacer. Environ 1100 amendes leur ont été distribuées, a indiqué Eric Grandjean, porte-parole de la police.

 

Saisie de 90 centimes

 

Me Dina Bazarbachi, de l´association de défense des Roms MESEMROM, s´insurge contre ce "harcèlement" de la part des gendarmes. Elle s´érige aussi contre les saisies d´argent que les policiers effectuent à titre de garantie, au vu des faibles chances que les mendiants paient effectivement les contraventions.

 

Le plus souvent, les Roms n´ont rien sur eux, ou des sommes dérisoires. Selon M. Grandjean, pour éviter de se faire confisquer leur pécule, ils organisent des ramassages d´argent. Quatre fois sur cinq, les agents ne peuvent rien prélever. Pour Me Bazarbachi, la police ne leur fait cependant aucun cadeau: "Dans un cas, la saisie s´est montée à 90 centimes".

 

Les conditions de séjour des Roms à Genève se sont aussi péjorées. "Ils ne peuvent plus dormir sous les ponts, car la police les en chasse", affirme l´avocate. L´an dernier, pour passer la nuit, ils se regroupaient dans deux campements de fortune installés sous des ponts enjambant l´Arve. Ils en avaient été délogés le 16 novembre 2007.

 

Nuits dans les parcs

 

Les Roms dorment désormais par petits groupes dans des parcs, à l´air libre, confirme Philippe Bossy, responsable du secteur "exclusion" de la Ville de Genève. Avec l´hiver, ils pourront bientôt passer la nuit dans l´abri PC des Vollandes, qui rouvrira ses portes le 14 novembre. Destiné à tous les sans-abri, il offre une centaine de places.

 

Point positif selon Dina Bazarbachi: "On nous a promis qu´en cas de grand froid, les Roms pourraient y rester plus longtemps que les dix jours normalement admis". Et un second abri ouvrira en cas de forte affluence, explique M. Bossy, comme l´hiver dernier, où une structure de 40 places avait été mise spécialement à leur disposition.

 

La fréquentation de l´abri devrait permettre de connaître plus précisément le nombre de Roms présents à Genève. Selon Philippe Bossy, les structures d´accueil de jour de la Ville recensent 50 à 60 personnes issus de cette communauté. Un nombre "comparable ou un peu inférieur" à la même période l´an dernier.

 

MESEMROM repart au combat

 

De son côté, la police estime qu´ils sont entre 40 et 50. Pour Mme Bazarbachi enfin, ils seraient plutôt une vingtaine. C´est en tout cas le nombre de personnes qui ont assisté à une fête organisée pour eux par MESEMROM le mois dernier.

 

Même si Genève ne leur offre de loin pas un séjour paradisiaque, les Roms continueront à venir. "Ils n´ont pas le choix", résume l´avocate. MESEMROM s´active toujours sur le plan juridique pour améliorer leur sort. L´association présentera ces prochains jours une "action coup de poing" portant sur la légitimité des amendes.


source : www.lematin.ch